« So cute, sexy, amazing, masterpiece ! »

L’Art et Second Life,  un grand débat qui semble sans fin…ou le début de la fin. Un plat froid, indigeste qu’on nous sert à la louche et qu’on mange sans faim.

Depuis déjà quelques temps, les expositions se succèdent sans qu’aucune étincelle ne vienne jaillir parmi le flot d’images du duo gagnant seins-fessiers surexposés, succession de plans de pixels saucissonnés sur lesquels on a appliqué conscencieusement quelques filtres/textures et servant la soupe à tous les stéréotypes.

« So cute, sexy, amazing, masterpiece ! »

Et puis, enfin ! , une jolie surprise à croquer…Les peintures à l’huile abstraites d’Ieko Catnap.

ieko2

Ieko dans sa maison slienne-galerie : http://maps.secondlife.com/secondlife/Dea/123/236/2901

Si l’amateur peut se faire plaisir dans ce jeu virtuel, dans un jeu de rôle « artiste », avec tout l’aspect sympathique que cela peut revêtir, quels sont donc ces « artistes sliens » d’un nouveau genre qui finissent par se prendre au sérieux et par en devenir comiques ou pathétiques voire imbuvables dans le côté sectaire et qui monopolisent le devant de la scène ?

« So cute, sexy, amazing, masterpiece ! »

Le monde slien/flicklien s’auto-congratule, s’invitant dans les expositions où le Q règne en maître, un espèce de « porno chic » tendance bdsm mâtiné de surréalisme en se revendiquant comme des « rebelles » alors que c’est un conformisme consensuel et une sexualité d’ados attardés qui sont à l’honneur pour des personnes dont la moyenne d’âge flirte avec la cinquantaine.

A quelques exceptions près, l’Art dans Second Life  me fait penser à la grâce des hippos dans Fantasia…L’artiste et sa cour, entouré de ses groupies…^^Car sans elles, il n’existe pas. Des personnes qui accompagnent et alimentent la névrose hystérique avec complaisance ont aussi leur part de responsabilité…Dans un monde d’aveugles, les borgnes sont rois.

« So cute, sexy, amazing, masterpiece ! »

Ca pourrait être drôle si Second life était juste un jeu et non un jeu ET une plateforme sociale. De plus, cela fait de l’ombre aux personnes qui ont du talent, ou simplement ce petit supplément d’âme,  et qui souhaiteraient se faire connaître…et c’est dommage, même si second life ne représente pas grand chose en dehors de second life.

Ainsi, le truc, c’est de faire « O R I G I N A L » pour tenter de se démarquer de tous les autres et ne surtout pas ressembler à l’utilisateur lambda.

En résumé, tu utilises les créations d’autres pour faire « original », avec des accessoires comme des masques, des tatouages, des griffes, des oreilles de lapin,  des cordes ou des trucs improbables dans la bouche, tu dénudes ton avatar féminin, tu le mets en scène parfois même dans des situations avilissantes,  tu exposes quelques poils pubiens (très en vogue chez les francos) , tu appliques des filtres, tu piques des textures dont tu ne cites pas l’auteur, tu floutes et tu surfes sans vergogne sur les tendances du moment.

Et surtout tu te balades dans les soirées en te faisant remarquer, tu te « montres », en t’esclaffant  sur toutes les blagues pourries, tu joues à fond « la cool-attitude » et en reprenant pour tes congénères le même refrain :

« So cute, sexy, amazing, masterpiece ! »

De la technique, de la socialisation et très peu de talent en somme : l’imposture de l’artiste slien populaire.

On est dans la « démonstration » voire  l’exhibitionnisme :  « je suis un artiste et cela doit se voir ». Exit les nuances, la profondeur, la délicatesse, la sensibilité, l’émotion…En se positionnant comme exhibitionniste on impose aux autres parallèlement un regard voyeuriste.

C’est donnant-donnant. Tu vas créer des groupes qui vont sélectionner tes pairs et mettre au rebut sans états d’âme ceux qui ne rentreraient pas dans les cases.  Et peu importe que tu ne connaisses rien à l’art en général ou dans le domaine de la mode, seuls l’illusion et la liste de contacts comptent. On est dans le business.

Ce petit monde ne s’ouvre pas aux autres, il est un microcosme à lui tout seul qui s’autoalimente en créant ses propres magazines, ses galeries, ses vernissages, ses expositions, ses events, ses concours et ses blogs ainsi que ses codes.

Où sont donc passés les « vrais » peintres, les artistes capables de faire naître une émotion ? Ont-ils fui cet univers tellement superficiel qu’il suffit de devenir « populaire » pour être invité dans toutes les galeries ? Mais on pourrait aussi se poser la question : en quoi cela diffère-t-il des galeries irl ?

Avatar de Ieko sur Second Life

Avatar de Ieko sur Second Life

Les toiles d’Ieko Catnap ne sont pas « so cute, sexy, amazing, masterpiece ! » Juste une goutte de fraîcheur dans un océan de vulgarité.

J’ai commencé à peindre il y a 23 ans après une carrière de graphiste alors que les ordinateurs et le métier d’infographiste n’existaient pas encore. J’étais responsable d’un bureau de dessin dans une imprimerie. La peinture est arrivée assez tardivement dans ma vie mais dès que j’ai pu libérer le temps nécessaire, je me suis lancée et je n’ai cessé de peindre d’abord du figuratif durant 4 années puis abstraction.

Justement, pourrais-tu donner une définition de l’abstraction lyrique ?

C’est un langage pictural abstrait qui permet de procurer au spectateur des émotions. J’admire beaucoup Zao-Wou-Ki qui fait partie de ce mouvement.

ieko3

Qu’est-ce qui t’inspire chez Zao, Pierre Soulages et Antoni Tapies en particulier ?

Le mouvement pour Zao, la profondeur de la lumière noire chez Soulages et la relation à la matière de Tapiès. C’est résumé, j’ai essayé d’assimiler les trois car chacun nourrit ma peinture et je me sens proche d’eux.

Que penses-tu de la place de l’Art dans Second life ?

Elle aurait dû se développer bien plus. Quand je me suis inscrite en 2008, j’ai vu une grande opportunité d’échanges entre artistes. Il y a eu quelques années très riches et de belles galeries se sont installées, des groupes comme PiRats ont bien fait évoluer le milieu artistique mais depuis l’art a bien du mal à évoluer sur Second Life.

Comment expliques-tu cette « morosité » ? Fréquentes-tu d’autres artistes actuellement ?

La morosité est générale, SL n’est que le reflet du monde réel. Beaucoup de galeries ont fermé leurs portes en rl également, c’est un fait de société. Le quidam pense  à manger avant toute chose, l’art passe après les besoins physiologiques.

Oui, une nourriture de l’esprit possible qu’après un ventre plein…

Tout à fait. Ce qui me rassure c’est que des artistes continuent à croire en leur art et le diffusent. Second life est un merveilleux outil pour ça.

ieko4

Oller BelAir Gallery, metal d’athame : http://maps.secondlife.com/secondlife/Minna/209/94/28

Comment percer face à des « impostures » ? Je m’explique : des personnes qui ont un rp d’artistes mais cependant populaires ?

Je n’ai pas résolu ce problème.

Est-ce un réel souci ou pas ?

C’est un réel souci évidemment. Etre artiste et commercial, c’est incompatible.

Un mot de conclusion ?

Espoir…

« No cute, no sexy, not amazing, not a masterpiece,  just an artist…! »

 

le blog d’Ieko Catnap : http://ieko-catnap.blogspot.fr/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Advertisements

2 réflexions sur “« So cute, sexy, amazing, masterpiece ! »

  1. Pingback: I’m sexy and I know it ! | Regards Sliens

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s