Pose Fair 2016 : Your world, your perversion !

Cela fait un petit moment que j’avais envisagé de prendre comme sujet l’un des aspects les moins reluisants de Second Life. C’est un exercice qui n’est pas simple.

A l’origine, le principe de cette plateforme virtuelle était de permettre à ses résidents de créer leur propre monde « your world, your imagination » et à défaut d’un monde égalitaire, on aurait pu imaginer un monde « meilleur ».

En fait, Second Life est le royaume des pervers narcissiques cis-hétéro-blancs et rien de tel que de se balader à l’event Pose Fair pour s’en rendre compte, tout au moins si on garde un œil expert et que son sens critique est en éveil.

POSEFAIR2016

http://maps.secondlife.com/secondlife/Village/145/77/21

Bienvenue dans « your world, your perversion » !

Pose Fair 2016 est un instantané non seulement des clichés sliens mais aussi de ceux de notre société sous sa forme la plus exacerbée car sous prétexte que ce sont des pixels, des avatars, certains et certaines s’autorisent tout sans se rendre compte de l’impact des images sur le comportement humain ou en niant le fait qu’en tant qu’adultes nous sommes responsables de ce que nous publions.

Revenons à notre pervers narcissique cis-hétéro-blanc. Dans second life, il est forcément polygame et plus si affinités…

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C’est un héros qui sauve des jeunes demoiselles en détresse nues (forcément, car une femme « libérée » de nos jours est une femme libérée de ses vêtements…), un dominateur à la tête d’un cheptel, un monsieur Grey bon chic bon genre ou un bad boy sexy qui distribue des fessées comme d’autres des bonbons, et si jamais une femme lui dit « non » il est en droit de la violer sous la menace d’une arme…

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Chaque soir, il est attendu par une pouf (je n’invente rien, la pose « pouf » existe), lascive, prête à accueillir le mâaaaale , en lingerie sexy et toujours en  talons aiguilles (à l’américaine) qui lui fera un striptease de professionnelle digne des années 80 et d’une Lolita qui se comportera en « good girl » avec son papa…

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Notre Miss Pouf, smartphone à la main, est prête pour sa sextape à la Kim Kardashian (symbole d’élégance et de bon goût…euh non je plaisante ^^)…

Soyons clairs, on trouvera toujours des individus -hommes ou femmes- prêts à se prostituer (sens figuré ou littéral) pour une minute de gloire télévisée ou sur second life pour une paire de chaussures virtuelles.

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On notera ici la pose très « paternaliste » et la délicatesse avec laquelle il lui projette de la fumée en plein visage…

Il peut autoriser cependant sa « good girl » à avoir des amies, dans un univers lesbien fantasmé, où les filles se mettent la main aux fesses entre elles et couchent comme dans les films érotiques…(je dis bien érotiques car les relations pornographiques sont réservées aux couples hétéros). Dans la vie réelle, le pervers narcissique aura plutôt tendance à isoler sa victime et à lui faire perdre tout lien social.

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Par contre, il sauvegardera sa virilité en exhibant ses abdos mais pas son sexe (le sexe masculin reste tabou dans nos sociétés, le Musée d’Orsay en a fait l’expérience avec son exposition Masculin/Masculin, l’homme nu dans l’art de 1800 à nos jours) , exhibition considérée comme avilissante et donc réservée au sexe féminin…

Sur flickr, cependant, il consentira à poser nu mais en action et entouré de girls soumises et dévouées (et même si parmi ces demoiselles avec des couettes il y a des hommes rl, il se contentera de l’illusion). Dans son esprit, même s’il recherche la compagnie de femmes à la sexualité active, il les considérera comme « utiles » (comme des prostituées) mais « non respectables » (en comparaison avec une épouse) car il n’a toujours pas franchi le cap de la maman et de la putain…

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Et bien sûr, à la fin de la soirée, il ira se soulager contre un mur…

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Cette représentation de l’homme et de la femme et des relations homme-femme vous convient ? Alors inutile de lire ce qui suit…

C’est un sujet que je n’aime pas aborder mais je le fais par honnêteté intellectuelle. C’est sûr que je préfère évoquer à propos de second life ce qui me plaît, c’est plus facile…et aussi en tant que personne je voudrais savoir être neutre, pas impliquée, ne pas juger…mais bon, ce n’est pas toujours le cas.

Après, on peut dire « Chacun fait fait fait ce qui lui plaît plaît plaît… ». Certes. Fantasmes. Certes. « C’est sans risque sur second life, on ne fait de mal à personne« . Sauf que dans le cas d’un pervers narcissique ou d’un prédateur sexuel planqué derrière un avatar, féminin ou masculin,  le risque est bien réel. C’est déjà difficile dans la vie réelle de repérer un pervers narcissique car en général ce sont des personnes immatures, hautement toxiques mais intelligentes qui cachent bien leur jeu en public et d’excellents orateurs pourvus d’un certain charisme et qui peuvent se montrer « charmants » à certains moments, en particulier au début d’une relation.  Alors imaginez sur second life…

Certaines rencontres sur second life se concrétisent par des rencontres dans la vie réelle, certains résidents abordant la plateforme comme un site de rencontres.

Qui n’a jamais entendu parler de manipulation, de mise sous influence, d’emprise psychologique ? Le pervers tisse sa toile et sa proie, malgré tous ses efforts,  se retrouve affaiblie moralement et physiquement, dévalorisée, culpabilisée puis en état de sidération et finalement prise au piège.  Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il choisit une victime qu’il trouve « à sa hauteur », pour sa beauté,  pour son intelligence ou des compétences particulières mais peu sûre d’elle et capable de se remettre en question, en tout cas d’une intelligence qu’elle n’utilise pas à dessein pour nuire à l’autre, contrairement à lui.

Après, dans ce jeu virtuel, cela va encore plus loin, dans les mises en situation simulées et dans des zones « no limit » : animations de viol, de tortures, de mutilations, pédophilie, nécrophilie, zoophilie…On ne se contente plus d’être spectateur comme sur le net, on devient « acteur » et les mêmes zones du cerveau sont stimulées que pendant un acte réel.

Certains considèrent qu’il vaut mieux des images de sexe que des images de guerre. C’est encore méconnaître l’être humain car l’on sait que le viol systématique des femmes et des enfants est utilisé comme arme de guerre dans bon nombre de pays et que dans certains esprits, nourris depuis l’enfance de visions de femmes exhibées nues, maltraitées mais « consentantes »  et alimentés de culture pornographique,  il devient « légitime » d’abuser des femmes « puisqu’elles n’attendent que ça » et qu’un homme serait par définition « soumis à ses instincts ». Dire que l’homme a des besoins sexuels qu’il serait incapable de contrôler est encore un stéréotype, profondément ancré dans de nombreuses cultures et qui ne repose sur aucune étude scientifique et qui ne devrait en aucun cas servir de justification aux prédateurs sexuels. Dans tous les cas, on ne saurait se passer d’un consentement explicite lors du passage à l’acte.

Toutefois, pour la première fois,  la Cour pénale internationale (CPI) vient de reconnaître le viol comme arme de guerre et  l’ancien vice-président congolais, Jean-Pierre Bemba, a été reconnu coupable de crimes contre l’humanité et crimes de guerre pour les meurtres et les viols commis par sa milice en Centrafrique en 2002 et 2003.

Malheureusement, la justice française, sous couvert de « liberté d’expression »,  a délivré récemment au rappeur Orelsan un permis pour continuer à inciter à la violence contre les femmes : « Renseigne-toi sur les pansements et les poussettes, je peux faire un enfant et te casser le nez sur un coup de tête«  ou encore « Ferme ta gueule ou tu vas te faire marie-trintigner« , en référence à l’actrice Marie Trintignant, morte sous les coups de son compagnon Bertrand Cantat. Dans les paroles de ses chansons, les femmes sont traitées de « sale pute » et  de « chiennes ».

Ce jugement nous signifie quoi concrètement ? Que dans notre pays, si l’incitation à la haine raciale peut être condamnée par une peine de prison et/ou une amende  (et heureusement) , l’incitation à la haine dirigée contre les femmes est tolérée…C’est à la fois triste et révoltant.

Le mythe du bad boy que les femmes trouveraient « sexy », relayé par bon nombre de médias  et dans la culture populaire « Fais-moi mal Johnny ! « a de beaux jours devant lui…ah mais, j’entends certains et certains qui me rétorquent : « c’est de l’humour, c’est marrant« …mouais je sais, je peux même rajouter « et puis c’est du Boris Vian » (et puis ça rime)…Ben, voyons ! Que celui qui n’a jamais péché, qui ne s’est jamais trompé me… euh lui jette la première pierre ! Je ne serais pas pour autant complaisante parce que c’est du Vian.

Sur second life, on trouvera davantage le pervers narcissique dans des groupes privés pour des endroits dédiés au « sexe chic » et dans des jeux de rôle de photographe, de directrice d’agence de mannequin…N’oublions pas qu’il a une haute opinion de lui-même et qu’il recherche des partenaires à sa hauteur contrairement au prédateur sexuel qui va cibler n’importe quelle proie potentielle.

Parmi les approches, il y a la classique demande de faire poser son avatar pour des photos de « nu artistique », approche tout aussi classique dans la vie réelle. Pour une qui refuse, trois vont dire oui, surtout s’il s’agit d’un « grand » photographe slien (je parle d’expérience).  Le mot « grand » me fait toujours sourire, je l’associe invariablement à Yoda : « Un grand guerrier ? Personne par la guerre ne devient grand » (pour Pascal je précise qu’il s’agit du maître Jedi dans Star Wars). Après, ce sera des photos rl, la voice, la cam, Skype…et une proposition de rencontre réelle si la personne correspond aux critères recherchés.

Dans certains esprits, il y aurait une prédisposition des femmes à l’exhibitionnisme comme si cela allait de pair avec leur « nature ». Je me contenterais de répondre que de la même façon que tous les hommes ne sont pas des pervers narcissiques ni des prédateurs sexuels, il  y a des femmes exhibos et d’autres pas . Par contre, une réelle pression est exercée sur celles qui refusent car c’est elles à qui on va demander de se justifier. Ce n’est pas une question de « nature » mais de « culture », le corps féminin étant surexploité par rapport au corps masculin. Et pour rappel je ne viens pas de Vénus ni mes amis de Mars, mais bien de la planète Terre, tout comme les hommes et les femmes qui nous entourent. Nous sommes embarqués sur le même bateau ou dans la même galère, tout dépend de comment on le voit.

Les images que j’ai sélectionnées pour cet article proviennent toutes de la Pose Fair 2016, un event considéré comme « général » c’est-à-dire pour tout public et il en existe de plus hard dans certaines shops. C’est mon choix de ne pas les montrer ici. Et comme souvent sur second life, le trash côtoie le cul-cul la praline mais aussi des poses couples disons romantiques dans le sens noble du terme ou illustrant des moments de complicité avec nos petits compagnons à 4 pattes.

pose fair chien et chat2

LW poses, Recharge your Soul

Et pas besoin d’aller sur des sims spécialisées pour se confronter au trash, sur Second life search, en tête de gondole, sur 9 évènements proposés, 5 étaient des images sliennes, des photos ou des mangas représentant des  femmes et des adolescentes dénudées, vendues comme des objets sexuels et pour des services liés à la prostitution :  live voice sex, cam shows, hot live escorts, the purrfect pussy, adult hentaï…Les titres ne peuvent laisser planer aucun doute sur la nature des prestations.

Dans de trop nombreux exemples, le sexe est associé à de la violence et à des rapports de domination, soit par la force, soit par l’argent.

J’ai eu un temps la naïveté de croire que second life pourrait être un monde meilleur, qu’on ne reproduirait pas la réalité sous sa forme la plus crue, qu’il y aurait plus de tolérance, d’ouverture d’esprit en nous confrontant à des personnes de différentes nationalités.

En fait, beaucoup de personnes se planquent derrière leur avatar et leur anonymat pour faire tout et n’importe quoi, sans aucun recul et sans assumer leurs actes, sans empathie envers l’autre et avec une bonne dose de mauvaise foi : « c’est que des pixels« … Alors, certes, on y trouve aussi de l’entraide, du divertissement, du bien-être en partageant des moments avec une personne que l’on apprécie, en se réunissant avec d’autres autour d’une même passion, de la création, parfois mais rarement un peu d’émerveillement…

Nier le risque n’est pas une solution. Fermer les yeux non plus. Au contraire, gardons les yeux grand ouverts et sans tomber dans la parano, restons vigilants.

Dans tous les cas,  pixels ou pas, avatars ou pas, nous sommes responsables du contenu et des images que nous publions.

 

Juste pour le clin d’œil, quand je vous dis que je n’invente rien, voici la pose « My Pouf » que j’ai retrouvée dans mes archives :

my pouf1

Alors, pour les non-francophones, dans le langage familier, la « pouf » désigne une personne de sexe féminin, de la famille des kikoolol, d’une intelligence modérée, d’une vulgarité à toute épreuve, qui fait tout pour ressembler à ces idoles dont les prénoms se terminent par un « a » : Zahia, Nabilla, Rihanna, Selena…, et qui parle un dérivé du français appelé le « pouffin ». Elle fréquente surtout son équivalent masculin, aux cheveux qui collent à cause de l’abus de gel et de  gonflette, apparenté à la famille des kikoolol tendance homme de Cro-Magnon et qui écoute du rap en boucle. Tous les deux sont les candidats privilégiés des émissions de téléréalité.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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