Metropolis, un regard sur notre monde

Metropolis, un univers urbain à taille inhumaine où des silhouettes noires et affairées, telles une vague de fourmis désorganisées se pressant dans tous les sens, happées comme dans un tourbillon de folie et revendiquant une liberté et une individualité illusoires, courent après le temps…

Je suis allée à la rencontre du metteur en scène de ce monde effrayant et oppressant, si proche du nôtre, Gem Preiz, passionné d’architecture et de sociologie, et qui aime partager son goût pour les images fractales.

Metropolis1

http://maps.secondlife.com/secondlife/Crimson%20Isle/97/114/1291

Gem Preiz : Je suis sur SL depuis un peu plus de 8 ans, et depuis près de 3 ans je me consacre presque exclusivement à la communauté artistique, découvrant le travail des autres et exposant moi-même ce que je crée en RL, c’est-à-dire des images digitales, des images fractales.

Metropolis Gem

Fanette Crystal : Justement, pourrais-tu donner une définition de « l’art fractal » ?

L’art fractal est un domaine de l’art digital qui utilise la répétitivité des motifs, de l’art digital mais pas seulement d’ailleurs, car certains peintres ou sculpteurs se revendiquent de l’art fractal. La répétitivité des motifs est obtenue soit par l’imagination de l’artiste, à partir de formes géométriques par exemple, ou à l’aide de logiciels qui permettent de générer des motifs ou des objets fractals. J’utilise pour ma part ce type de logiciel, un en particulier, mais je l’utilise davantage comme moyen de produire des images digitales évocatrices, plutôt que pour obtenir des motifs dont la répétitivité est la caractéristique principale.

Ce que tu vois autour de toi est plus proche d’illustration d’architecture ou de scènes de science-fiction que de formes géométriques fractales.

– Quelles sont tes influences ? Quel logiciel utilises-tu en particulier ? Pourrais-tu citer quelques noms de peintres et de sculpteurs qui se revendiquent de l’art fractal ?

Mon influence, c’est l’imaginaire, c’est tout ce qui me fait rêver, et cela peut aller de formes abstraites jusqu’à des formes extrêmement détaillées et presque réalistes. L’important c’est que cela ait la capacité de me projeter dans des univers imaginaires.

J’utilise Mandelbulb 3D, un logiciel spécialement conçu pour générer des objets fractals en 3D, mais dont évidemment on ne peut que capturer des images en 2 dimensions, comme des photos.

Il y a un mouvement artistique qui date du début des années 90, qui s’appelle le mouvement fractaliste, pas très connu, ils n’utilisaient pas ce genre de logiciel. C’était l’époque où des découvertes scientifiques sur l’infiniment petit et l’infiniment grand commençaient à bien se diffuser auprès du public : théorie du chaos, effet papillon…L’univers devenait trop complexe et certains artistes cherchaient une « clef » simplificatrice pour le comprendre et le lire.

Mural par Jackson Pollock

Mural par Jackson Pollock

Les fractals, qui ont la propriété de se ressembler à toutes les échelles étaient au cœur de cette démarche : un seul motif répété du plus petit à plus grande échelle permettait de décrypter l’univers. Ils exploitaient aussi la profusion ou même l’excès d’informations et s’inspiraient en cela de Jackson Pollock dont on connaît la complexité des motifs.

Mais ces artistes des années 90 sont assez peu connus, Jean-Claude Meynard ou Carlos Ginzburg en étaient des leaders.

Tortue YiJing, Création numérique argentique sous diasec de JC Meynard, 120 x 96 cm - 2014

Tortue YiJing, Création numérique argentique sous diasec de JC Meynard, 120 x 96 cm – 2014

– Peux-tu nous donner quelques pistes pour décrypter Metropolis ? Une référence à Fritz Lang ou pas du tout ?

Je produis des images fractales qui parlent à mon œil et à mon imaginaire, et qui évoquent des thèmes qui m’intéressent. L’architecture en est un d’un point de vue artistique, la sociologie en est un autre d’un point de vue des sciences humaines.

Depuis quelques expos, j’essaie de mettre en scène mes fractals plutôt que de les accrocher comme dans une expo classique. De plus, j’utilise une technique consistant à assembler de façon très précise – pour qu’on ne voit pas les séparations – un grand nombre de panneaux de façon à pouvoir exposer en très grande taille avec une définition grandement améliorée.

Metropolis est au confluent de tout cela. C’est d’abord une exposition d’images fractales mise en scène pour exploiter dans le cadre de mes compétences les possibilités de navigation 3D de SL en reconstituant un univers urbain à taille inhumaine qui nous submerge et qui tend à annihiler l’individualité.

Metropolis2

– Oui, on a une sensation d’oppression…

– C’est un de mes thèmes favoris : chacun revendique sa liberté et son individualité, se mettant soi-même en scène à coup de selfies, mais les comportements se standardisent à tel point que nous ne sommes finalement qu’une immense foule de gens tous identiques et les gratte-ciels sont nos nouvelles cathédrales.

– Parmi toutes ces silhouettes noires et affairées, il y a un couple qui se tient par la main…

Metropolis3

Celui-là est en plusieurs exemplaires…mais il est vrai qu’il y a dans cette foule un et un seul couple qui s’embrasse. Un clin d’œil plus qu’autre chose. Ce n’est ni Roméo et Juliette ni un appel à plus d’humanité, c’est juste que j’étouffais moi aussi à placer autant de silhouettes affairées.

Metropolis fan et gem

– Que t’a apporté ou t’apporte Second Life ?

– C’est un réseau social international en 3D qui me donne la possibilité d’exposer ce que je crée et de le faire partager à une communauté internationale d’amateurs et qui me permet de l’exposer avec une « scénographie » (c’est un bien grand mot) qu’il me serait impossible de reconstituer en RL

Je t’ai parlé de ce mouvement fractaliste  d’art contemporain et  je ne prétends pas du tout y appartenir.  Depuis le début des années 2000, les logiciels ont permis de mettre en image un domaine des mathématiques qui s’appelle les « fractales », des formes géométriques auto-ressemblantes et aujourd’hui des milliers de gens  à travers la planète produisent des images grâce à ces logiciels.

Je fais plutôt partie de ce groupe de gens. Ce qui m’intéresse c’est que le résultat parle à l’imagination.

Les fractales ne sont qu’un outil, parce que je ne suis pas peintre, et que je ne suis pas capable de dessiner à partir d’une page blanche des scènes comme  tu en vois ici.

Je ne suis pas un artiste professionnel et je n’ai aucune intention de vivre de tout ceci. C’est purement un plaisir, que je donne à partager, ce que je fais par ailleurs sur Flickr et sur Facebook.

 

Flickr de Gem Preiz : https://www.flickr.com/photos/44535224@N05/

Exposition Le Bestiaire Fractal de Jean-Claude Meynard jusqu’au 6 juillet 2015, Galerie Dumonteil à Paris : http://jcmeynard-actualites.blogspot.fr/2015/05/bestiaire-fractal.html

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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