8 mars 2015 : triste bilan

Le 8 mars est l’occasion de faire un bilan, un état des lieux sur la situation des femmes et des filles dans le monde. C’est la journée internationale des droits des femmes, à ne pas confondre avec… la Saint-Valentin.

Le sexisme est tellement banalisé dans nos sociétés que beaucoup passeront à côté, nieront les faits, les statistiques, les nombreux témoignages, baisseront les bras ou l’auront complètement intégré.

Ainsi pour « la Journée de la femme », Etam nous offre royalement une culotte (si on achète un soutien-gorge) , le magazine dit féminin Marie-Claire invite des personnalités masculines pour les photographier avec une …poule (c’est de l’humour, si, si) et on nous propose toute une panoplie bdsm pour faire comme dans le nanar qualifié avec mépris de film de meufs « Cinquante nuances de grey  » (ou de force ?) parce que comme chacun sait, nous adorons être attachées mais pas avec la ficelle du rôti …

bd journée de la femme

A part ça ? oui, mis à part les publicitaires opportunistes et le dieu fric, on nous propose quoi finalement ? Ben, rien…Nous sommes en 2015 et l’égalité homme-femme n’existe toujours pas. Et cela malgré que 20 ans se soient écoulés depuis l’adoption de la Déclaration et du Programme d’action de Beijing (http://beijing20.unwomen.org/fr ).

L’ONU lance donc un nouvel appel (espoir ?) pour…2030.

Alors, malgré une lassitude certaine, entre deux cours de danse, j’enfile mes gants de boxe et je me lance encore et encore dans l’information et les données, même si ce n’est pas glamour, même si ce n’est pas « tendance », même si ce n’est pas politiquement correct, même si…

Les femmes constituent 70 % des 1,2 milliard de personnes vivant avec moins de 1 dollar/jour. L’égalité salariale n’existe dans aucun pays. Ainsi, dans l’Union européenne, les femmes gagnent en moyenne 17 % de moins que les hommes. Partout le chômage, la précarité, le travail non qualifié et à temps partiel touchent en premier lieu les femmes. Dans le secteur formel, en moyenne 1 homme sur 8 occupe un poste de haute direction, pour une femme sur 40(source : Adéquations, chiffres et données sur les inégalités femmes/hommes)

Les attitudes discriminatoires à l’égard des femmes et des filles ne sont pas uniquement le fait des hommes : elles reflètent également des normes et des mentalités qui peuvent être communes à l’ensemble de la société. L’enquête a montré que les femmes peuvent nourrir des opinions également discriminatoires à l’égard de leur propre sexe.  (source : Unicef , la discrimination sexiste et les inégalités dans les différentes régions).

Des statistiques indiquent qu’une femme sur trois a été victime de violence physique ou sexuelle, principalement exercée par un partenaire intime : environ 120 millions de filles ont été forcées à avoir des rapports sexuels ou à se soumettre à d’autres actes sexuels à un moment donné de leur vie et 133 millions de femmes et de filles ont subi une mutilation génitale féminine. (source ONU : http://www.unwomen.org/fr/what-we-do/ending-violence-against-women/facts-and-figures )

De plus, l’image accolée aux femmes, de  la « mère » à la « putain » des années 50-60 perdure avec celle de la « maman-ménagère dévouée » à la « séductrice sexuellement offerte », comme l’explique Virginie Sassoon, docteure en sciences de l’information et de la communication dans son étude, Décalogue décalé du sexisme publicitaire :

Comment décrypter le sexisme dans les publicités ? Un sondage de mars 2013 du Laboratoire de l’Egalité et de Mediaprism a révélé que si les trois quarts des Français jugent « intolérables » ou « énervantes » les publicités sexistes, la plupart d’entre eux ne savent pas les reconnaître1. Cet article propose de passer en revue, sous forme humoristique, 10 stéréotypes du sexisme publicitaire. En comparant des visuels des années 1950-60 et des images d’aujourd’hui, nous apportons la preuve que la célèbre dichotomie judéo-chrétienne de la « mère » versus la « putain » imprègne encore de manière significative les représentations des femmes dans la publicité. La première partie (1 à 4) s’attache à décrire les facettes de la maman-ménagère dévouée, la seconde partie (5 à 10) illustrant selon diverses modalités la figure de la séductrice sexuellement offerte.

Exemple 5 : Une proie sexuelle, tu incarneras (1960 et 2007)

Exemple 5 : Une proie sexuelle, tu incarneras (1960 et 2007)

En résumé, aucun changement notable.

On peut constater simplement qu’il faut désormais passer par  l’humour pour faire passer des messages, comme un passage obligé. Le « second degré » est également une manœuvre employée dans les techniques de marketing pour faire passer une publicité sexiste : « c’est pas sexiste, c’est de l’humour, c’est sexy ». Souvent, le cliché de la femme libérée est synonyme de femme libérée de ses vêtements et offerte sexuellement. Elle est « sexy » , autrement dit prête à être « consommée » et évidemment elle n’attend que ça.

On surfe allégrement dans la publicité certes mais aussi dans la mode, la littérature ou le cinéma  sur la vague du porno chic qui n’a rien de chic puisque, sous couvert d’esthétique ou de sensualité,  on réduit les individus, et en particulier les femmes,  à des objets sexuels.  Elles sont exhibées,  subissent tous les fantasmes dits masculins et forcément la femme moderne se doit d’aimer ça, même si pour le coup, elle ne sera pas respectée en tant que personne pour ces mêmes raisons.

C’est l’instrumentalisation à outrance du corps féminin qui conduit également au harcèlement de rue. Et là il ne s’agit pas de mannequins, d’actrices ou de pop stars  millionnaires et hyper protégées, dévouées corps et âme au dieu fric,  il s’agit de femmes « normales », confrontées à une représentation désastreuse de leur image et à des crétins qui font des amalgames douteux.

2001, banalisation des violences faites aux femmes

2001, banalisation des violences faites aux femmes

Je me dois d’être claire : je n’oppose pas les hommes et les femmes.  Certains hommes démontrent une empathie et une connaissance sur le sujet que des femmes n’ont pas. Je pense que le monde serait meilleur pour tous s’il y avait cette égalité. C’est également une nécessité fondamentale pour les femmes et les filles dans le monde qui n’ont accès ni à l’éducation, ni à la santé, ni à la justice du simple fait d’être nées du sexe féminin.

Malala Yousafzai, Prix Noble de la Paix 2014

Malala Yousafzai, Prix Noble de la Paix 2014

Ce n’est pas un hasard si le Prix Nobel de la Paix 2014 a été attribué à la jeune Pakistanaise Malala Yousafzai pour son combat en faveur de l’éducation des filles et le Prix Sakharov 2014 au gynécologue congolais Denis Mukwege qui opère des femmes victimes d’effroyables violences sexuelles dans les conflits armés :

« Depuis quinze ans, je suis témoin d’atrocités de masse commises sur le corps des femmes et contre les femmes et je ne peux pas rester les bras croisés, car notre humanité commune nous invite à prendre soin les uns des autres.

Ma première malade en 1999 avait été violée, puis on lui avait introduit une arme dans l’appareil génital et fait feu, elle avait tout le bassin détruit. Je pensais que c’était l’œuvre d’un fou mais la même année, j’ai soigné 45 cas semblables », se souvient-il.

Aucun doute possible : il s’agit de féminicide de masse auquel on peut rajouter les infanticides de petites filles et les crimes « d’honneur ».

arme dinstruction massive par Franquin

Je suis une personne parmi tant d’autres, avec mes défauts et mes qualités, mes convictions et mes contradictions, mes coups de cœur et mes coups de gueule. Je ne veux pas qu’on m’impose une manière de penser, de m’habiller ou même de rêver.  Je dois reconnaître que, malgré ma sensibilisation et mon implication,  je n’ai pas toujours un œil expert qui me permettrait de relever tous les stéréotypes et parfois -pas souvent-  je peux faire preuve, sans m’en rendre compte immédiatement, de discrimination envers mon propre sexe. Heureusement que ma petite bande de copines est là aussi pour me rendre compte combien mes amies me sont précieuses. Je ne représente que moi-même mais je suis solidaire et lucide et je ne peux fermer les yeux sur ce qui m’entoure. Je ne veux ni être complaisante, ni faire preuve de lâcheté.

Ainsi, j’ose l’écrire : je suis féministe. Et je sais qu’il faut rester vigilants sur les droits acquis de haute lutte par nos aînées comme le droit à l’avortement. Nous sommes redevables à toutes ces femmes, ces pionnières qui ont combattu pour nos droits sous les quolibets misogynes et au prix parfois d’immenses sacrifices, d’Olympe de Gouges à Simone de Beauvoir en passant par Flora Tristan, Antoinette Fouque, Gisèle Halimi, Elisabeth Badinter ou Simone Veil.

choix

Je crois en l’éducation des filles, car l’instruction est une force tout comme l’esprit critique qui permet de lutter contre l’emprise psychologique.

2030 ? comme cela semble loin et ressemble fort à une utopie…

 

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