Moya : je me compare plus à Chantal Goya qu’à Francisco de Goya

 Patrick Moya est artiste-peintre, sculpteur et céramiste, né à Troyes et installé à Nice. Voilà pour la bio officielle.

En fait, c’est un véritable touche à tout, amateur de nouvelles technologies, qui s’est installé sur Second Life depuis 2007 et qui aime se mettre en scène, avec son avatar et plusieurs déclinaisons de lui-même, une profusion des initiales de son nom, et un bestiaire composé notamment de la brebis Dolly, premier mammifère cloné qui doit elle-même son nom à la chanteuse américaine Dolly Parton et en particulier à sa poitrine généreuse, le clonage ayant été réalisé à partir de cellules mammaires…

Actuellement, on peut voir l’exposition « Moya en abondance » au MAC du Mans et ce jusqu’au 1er mars, et sur la sim virtuelle MetaLes « La Mémoire de Moya ». L’artiste numérique établit avec aisance des passerelles entre les deux univers.

Moya propose également une visite de ses îles et il y a énormément de choses à voir et à découvrir.

Expo Moya @ MetaLES

Expo Moya @ MetaLES

http://maps.secondlife.com/secondlife/MetaLES/140/137/23

Tu as débuté comme modèle nu aux Beaux-arts. Que retiens-tu de cette période ?

Pas tout à fait, j’ai commencé par faire de la BD puis je suis entré à l’école des Arts Décoratifs, à la Villa Arson de Nice, comme élève et ensuite comme modèle.

J’avais un professeur de Body Art à l’époque. J’aimais provoquer, je me déguisais en Casimir. Tous les jeudis, je faisais une émission de TV en direct, dans le style de Guy Lux. « Guy Lux est le plus grand créateur d’art contemporain. »

Modèle, c’était bien pour être la créature sans « travailler ». Puis j’ai commencé à peindre.

iles Moya tourisme

Qui ou qu’est-ce-qui t’inspire ?

J’essaie d’être universel. L’artiste d’art contemporain a la possibilité de ne pas se limiter. J’ai essayé de tout travailler moi-même. Il y a côté dictateur chez les artistes plasticiens, ils veulent maîtriser le monde. Je préfère fabriquer mon monde à moi.

L’Asie m’a beaucoup inspiré ainsi que les mangas.

Avatar de Moya sur SL

Avatar de Moya sur SL

Patrick Bounie, gérant du MAC (Mans Arts Contemporains), commente ainsi ton expo actuelle au Mans, « Moya en abondance » : « Il s’est aperçu qu’être la créature était plus important que d’être le créateur ».

Que doit-on comprendre ?

Pinocchio, par exemple, a été créé par un créateur puis il s’est libéré pour devenir créature. Je ne voyais pas l’intérêt non plus d’interviewer Peter Falk puisque le personnage de « Columbo » était plus important que l’acteur.

Moya cite également Mc Luhan qui dans « Pour comprendre les médias », explique que selon lui « le message est médium », autrement dit l’outil par lequel nous percevons (les médias) finit à la longue par avoir autant sinon plus d’influences que le contenu de ce que nous percevons.

Avec les médias d’ubiquité, comme le direct à la télévision, le créateur n’a plus le temps de raconter l’histoire de l’art et il doit, pour exister, devenir créature. Je suis devenu créature d’abord en posant comme modèle puis avec l’âge, je me suis masqué et j’ai créé mon avatar sur Second Life en 2007.

La créature se superpose au créateur.

Le but est d’être une créature à l’intérieur de l’image, le but ultime étant de survivre à travers un avatar.

moya interview2

Tu affiches une constance sur Second Life. Que t’apporte cette plateforme virtuelle ?

Je fais mes affiches directement sur SL, cela revient moins cher et c’est plus rapide. Le numérique est plus adapté aux affiches. Je fais des maquettes en 3D également. Je fais les expos sur Sl puis en rl.

J’ai pu acheter sur sl les cuissardes de la Dolly drag-queen par exemple alors que les faire fabriquer aurait coûté cher pour le char prévu lors du Carnaval de Nice.

Le char Moya participe au Queernaval, premier carnaval gay de France, le 27 février à 21 heures, Place Masséna à Nice.

iles Moya musee moya land

Arrives-tu à vivre de ton art ?

A un moment donné, j’étais très impliqué sur Second Life et il y avait des trous dans le budget. J’ai donc recommencé à travailler rl. Je vis assez bien de mes œuvres et  il m’arrive aussi de faire du bénévolat.

Une reproduction de la maison rl de Moya

Une reproduction de la maison rl de Moya

J’ai quatre îles à financer, presque 600 euros de loyer. Ce n’est pas fait pour rentabiliser mais ces derniers temps j’arrive à m’en sortir, en tout cas, cela me rassure de le penser.

Il y a d’ailleurs les « anti-Moya » , ces personnages en 2D qui sont contre celui de 3D qui leur fait de la concurrence. Ils manifestent contre le merchandising de Moya, contre les produits dérivés et le bétonnage. En fait, ils ne savent pas qu’ils ont été eux-mêmes créés.

Manifestation d'anti-moya

Manifestation d’anti-moya

Penses-tu qu’un artiste doit forcément être égocentrique et l’assumer ? Est-ce que tu en joues de cette réputation ? Cela t’amuse ou cela t’agace ?

Au début, je ne signais pas mes œuvres. Je trouvais cela prétentieux, apposer sa signature sur un visage qui n’est pas le sien. Je n’utilise pas les images des autres. Je ne suis pas un artiste pop.

Je me compare plus à Chantal Goya qu’à Francisco de Goya.

A partir du moment où un artiste signe une œuvre c’est qu’il veut être « reconnu ».

Bestiaire de Moya @ MetaLES

Bestiaire de Moya @ MetaLES

D’entourer ma créature de personnages comme Dolly la brebis ou l’éléphant la rend moins égocentrique. L’éléphant a été créé pour le Cirque de Monaco, c’est un animal que la princesse Stéphanie adore.

En fait, j’aime bien plaire au public.

Moya m’invite à le rejoindre pour rencontrer des étudiants en journalisme venus l’interviewer et avec Xun, qui a rédigé un article sur le premier carnaval gay à Nice, nous  plaçons nos avatars à côté de la réplique rl du char qui défilera, de manière à ce qu’ils puissent les voir sur leur écran.

Fan, Moya et Xun devant la réplique du char Moya

Fan, Moya et Xun devant la réplique du char Moya

Cette « intrusion » du rl a un côté récréatif et amusant.

Lors de l’interview, Moya me donne beaucoup d’informations,  il faut dire qu’il est très disert et qu’il craint toujours de manquer quelque chose…

Réinterprétation de la vie de St Jean Baptiste sous forme d’auto-portraits sur les murs de la Chapelle de Clans, fresque au mur et au plafond pour l’hôpital Princesse Grace de Monaco, participation à des campagnes de prévention du SIDA, sculptures en acier en Asie, céramiques en Italie, fresque au centre d’Art de Malmaison de Cannes qui retrace l’histoire de la créature à travers les médias,  navettes Moya à Cannes avec le slogan « On tourne dans le bus ! », soirées techno, les Dolly Party ou messes des artistes sur Second Life…et des projets, comme celui de réaliser une fresque pour un plafond de l’Hôpital Pasteur à Nice.

à la manière de Veermer

La créature au nez de Pinocchio peint la créature Dolly qui tire la langue, le créateur s’efface devant la créature qui peint une autre créature (d’après Vermeer, l’Atelier de l’Artiste)

L’ensemble est enlevé, coloré, ludique, diversifié et très intéressant. Je ne peux que vous inviter à visiter les îles Moya et peut-être aurez-vous la chance de croiser « la créature » facétieuse et de discuter avec elle, car après tout, Second Life, cela permet aussi cela, échanger avec des personnes qu’on n’aborderait pas forcément dans notre vie quotidienne, que ce soit par manque d’opportunités ou par timidité.

Visite guidée du Moya Land

Visite guidée du Moya Land

 

Pour en savoir plus : http://www.moyapatrick.com/

Iles Moya : http://maps.secondlife.com/secondlife/Moya/179/187/1999

 

 

 

 

 

 

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