Colette : avec les mots de tout le monde, elle écrivait comme personne

Il y a soixante ans, le 3 août 1954, disparaissait un écrivain majeur du XXème siècle, connu sous le nom de plume Colette.

Colette

Comme beaucoup de jeunes filles de sa génération, Sidonie-Gabrielle Colette n’est préparée qu’à une seule chose : faire un beau mariage. Mais  elle se retrouve sans dot et  à 20 ans elle rencontre Henri Gauthier-Villars, surnommé Willy, un critique littéraire de 15 ans son aîné en vogue dans les salons parisiens qui l’incite à évoquer ses souvenirs d’enfance qu’il va signer de son nom. Claudine à l’école est publié en 1900 et suscite de l’intérêt tout comme « Le petit Chose » d’Alphonse Daudet, roman autobiographique qui remporte un franc succès, 40 ans après sa publication.

Claudine à l'école

Encore naïve et confiante, elle signe pour la fameuse série des Claudine un contrat qui stipule que l’œuvre appartient à son mari. Celui-ci s’empresse d’en vendre les droits à un éditeur contre une somme définitive qu’il dépense rapidement.

C’est ainsi que même lorsque le succès vient, Colette ne touche aucun droit d’auteur pour les Claudine qui firent sa notoriété.

Mais elle finit pas s’émanciper de son mari et signe de son nom « La Retraite Sentimentale » (1906).

« Pour des raisons qui n’ont rien à voir avec la littérature, j’ai cessé de collaborer avec Willy. Le même public qui donna sa faveur à nos six filles…légitimes, les quatre Claudine et les deux Minne, se plaira, j’espère, à la Retraite sentimentale, et voudra bien retrouver dans celle-ci un peu de ce qu’il goûta dans celles-là. » Colette Willy

Elle divorce de Willy la même année et entame une carrière au music-hall où elle fera scandale en apparaissant seins nus. Pour gagner sa vie, jusqu’en 1912, elle se produit sur des scènes parisiennes et provinciales. Elle entretient plusieurs liaisons féminines, notamment avec Mathilde de Morny, surnommée Missy. Cette dernière est un personnage haut en couleur, fille de duc, extravagante et comme toutes les femmes de son époque, elle devait demander une autorisation pour pouvoir porter un pantalon, autorisation renouvelable tous les 6 mois à la Préfecture, depuis une ordonnance de 1800. Mathilde dont la fortune lui permettait d’entretenir plusieurs femmes terminera ruinée au soir de sa vie et  se suicidera en 1944.

Pantomime, 1907

Pantomime, 1907

Le second mari de Colette, le baron Henry de Jouvenel, rédacteur en chef du journal Le Matin, a la curieuse idée de lui proposer un plan avant de commencer un livre. Or, Colette ne fait jamais de plan. Pour seule réponse, elle ne peut que fondre en larmes. C’est parce qu’elle est une femme qu’on estime qu’elle a besoin qu’on lui indique comment écrire ? Cependant, en 1919, elle devient directrice littéraire du Matin.

Face au journaliste Parinaud, elle se montre plutôt agacée et l’interrompt à plusieurs reprises. Nous sommes en 1950,  et les questions posées (sans doute toujours les mêmes depuis des années) révèlent l’état d’esprit non d’un journaliste face à un grand écrivain mais d’un homme de son temps face à une femme en avance sur son temps. Il y parle « cuisine » et insiste lourdement sur les similitudes entre le personnage de Claudine et la vie de Colette, sans doute avide d’anecdotes croustillantes. Mais Colette n’est plus une jeune fille naïve, à 77 ans elle  a conscience de son talent et le journaliste restera sur sa faim.

Colette et ses chats

Le dernier mari de Colette, Maurice Goudeket, de 16 ans son cadet, joue un grand rôle dans la promotion des ses œuvres. C’est grâce aux démarches de sa femme  qu’il sera libéré des griffes de la Gestapo en 1941 car il est d’origine juive. Il restera également son soutien affectif lorsqu’elle se retrouvera immobilisée par l’arthrose dont elle souffre depuis de nombreuses années.

Le premier livre que j’ai lu de Colette est « Dialogue de Bêtes » et il est fort éloigné des sulfureux Claudine et des amours saphiques ou encore du « Blé en herbe » qui a choqué dans les années 20 en évoquant notamment la liaison entre un adolescent et une femme plus âgée. On peut supposer aussi que Colette, sous l’influence de Willy, a développé le côté égrillard de certaines scènes des Claudine dans le but de plaire aux vieux messieurs en costume.

Après Judith Gautier (fille de Théophile Gautier), Colette est la deuxième femme élue membre de l’Académie Goncourt en 1945 dont elle devient présidente en 1949.

Si l’Eglise catholique lui refuse un enterrement religieux, la République lui accorde des obsèques nationales.

« Il faut avec les mots de tout le monde écrire comme personne ». Colette

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