De l’âme et de l’amour, la chair triomphe toujours

Personne n’est indifférent aux relations amoureuses sur Second Life, car là où il y a des Hommes, il y a de l’amour.

De la haine aussi, mais de l’amour en fait, car la haine, c’est l’amour. En dépit d’un fragile anonymat et d’un maquillage de pixels, nous sommes confrontés plus que jamais aux big bangs cardiaques et aux tensions sexuelles. Des éclats intérieurs, foisonnants devant l’euphorie des uns et derrière les mensonges convaincus des autres, qui alimentent bon nombre de spéculations et tergiversations. Peut-on aimer sur Second Life ? Certainement. L’assumer, beaucoup moins. Le vivre, c’est un miracle. Car quoique que nous en rêvions, nous sommes soumis aux lois de la chair et de la sélection génétique. Nos partenaires, nous les choisissons avant tout pour la beauté et la robustesse de l’espèce. Le sentiment ? Une invention poétique judéo-chrétienne qui ne tient pas dans le règne animal dans lequel nous sommes durablement prisonniers.

Tendre baiser - T-Bear

Il est semble-t-il assez coutumier d’évoquer l’amour sur Second Life,  mais y parle-t-on du vrai ? Le vrai ? Mais qu’est-ce que le vrai amour ? Une question a priori très simple, mais dont les réponses s’éparpillent rapidement dans de vastes et laborieuses interprétations propres à chacun.  Sur un monde virtuel, où les émotions sont amplifiées dans la douleur, où les déclarations fusent comme des pigeons d’argiles, les relations « amoureuses » sont encore plus compliquées dans le monde dit « réel ».

C’est une première source de conflit : le monde « réel » et le monde « virtuel ». Et pourquoi pas un seul monde tout simplement ? Faire deux mondes, alors qu’il n’y en a qu’un (comme les lessives), ce n’est pas une opinion, c’est un stratagème. En fait, une sortie de secours plus exactement. Se dire « il n’y a qu’un monde », c’est se mettre à dos un paquet de gens, et subir la loi écrasante de la majorité, la pensée dominante. Mais pire encore, c’est regarder sa vie réelle en face. Et sur SL, si on y reste, c’est qu’elle n’est jamais aussi brillante qu’on le souhaite. Mais qui ose dire « j’ai des manques dans ma vie » ? Pas grand monde, même si le silence vrombit comme une foule en liesse. Les gens se complaisent dans la satisfaction d’une vie moyenne, parce qu’ils ont décidé de ne pas aller au-delà, et pour justifier cela, les excuses ne manquent pas. Notre besace regorgent de ces bombes fumigènes, des enfants à s’occuper, un conjoint, l’âge, la distance (un mètre ou une année-lumière, du pareil au même), un billet de train trop cher, un chat à nourrir, un rendez-vous chez le dentiste… etc. Un moyen de faire volte-face à la moindre difficulté, que l’on nomme, parfois, le début du bonheur (et pas du rêve, qui est une drogue…  attention à la chute au passage !).

Des motifs au refus d’une relation « réelle », nous en retiendrons deux principales : le physique et la compatibilité « au quotidien ». La première démontre bien que l’apparence régit tout, et n’importe où, dans une relation. Non pas pour l’aspect sexuel (dont la qualité n’a rien à voir avec le physique), mais pour la perspective de potentiels enfants (même quand on n’en souhaite pas). On veut ses enfants beaux et forts (l’intelligence n’est d’ailleurs pas souhaité prioritairement chez les futurs parents), et pour ses enfants, nous sommes prêts à endurer n’importe quel candidat(e), du moment que celui ou celle correspondent à notre exigence génétique subconsciente. Si tous les hommes et les femmes avaient des enfants avec un partenaire idéal pour élever des enfants, nous n’aurions pas autant de familles décomposées ou désabusées dans le parc des ménages des sociétés occidentales libres. On trouve toujours le bon argument pour justifier la légitimité d’un futur parent, du moment qu’il soit « aux normes ». Quant à la « compatibilité au quotidien », c’est bien sûr une formidable fuite en avant. Quand on s’aime, on s’adapte. Quand on ne supporte plus, on ne s’aime plus.

Le monde « virtuel » est une merveilleuse échappatoire.  Il y a dans les relations « amoureuses » sur Second Life quelque chose de très noble et très honteux à la fois. Noble, parce qu’on ne peut plaire que par son âme. Plus largement, son esprit. L’apparence est ici secondaire car nous sommes, à quelques nuances près, tous très beaux, donc neutres, car il n’y a pas ou peu à se comparer. Si l’on suit cette logique, nous sommes paradoxalement davantage nous-mêmes que là-bas, dans la jungle. Même les mensonges et les vernis sont fragiles. Ils ne durent qu’un temps,  et souvent pas longtemps.  Si nous plaisons, c’est pour ce que nous sommes. Ce que nous voulons tous…

…Et pourtant ! Cela ne se passe jamais comme nous le souhaitons. Parce que l’amour n’est rien. Ce n’est qu’une émotion, un courant électrique, un train qui passe… S’il était aussi important que cela, nous aurions tous franchis le pas sur Second Life. Heureusement, nous n’en faisons rien. Parce que notre instinct nous rappelle que nous sommes des bêtes, profondément obsédées par leur survie universelle. Et la survie de l’espèce se traduit par la descendance. Elle se doit d’être forte, en bonne santé, physiquement flatteuse. Pour cela, nous choisissons nos partenaires selon ces aspects pratiques. Les points communs, la complicité intellectuelle ou même la tendresse ne sont que bonus en fin de liste. Lors de moments cruciaux, on les néglige, on les ignore. Ils ne sont en aucun cas des priorités, en tout cas en ce qui concerne nos besoins essentiels liés à notre condition basique. Ces précédentes lignes peuvent s’apparenter à une digression, mais elles n’en sont pas.

Dans une large majorité des cas de figure (c’est peu dire), chacun d’entre nous rétorquera que l’amour n’existe pas sans contact physique. Oui. Parce qu’il est secondaire, parfois même inutile. On s’invente bon nombre de prétextes pour justifier une relation construite strictement sur des aspects physiques. On appelle ça couramment « aimer », mais cela s’apparente finalement à l’entretien d’une lignée génétique.  Une indulgence motivée par nos instincts primaires. Ce n’est nullement vivre. C’est survivre. Survivre en tant que bête, pour le présent et le futur.

Vivre sur Second Life, c’est assumer ce qu’on ressent, et dominer l’importance d’un sentiment amoureux qui s’est découvert par un moyen pur : la découverte de l’âme dans son plus simple appareil. Une âme qui ne peut pas mentir. Nous sommes nous. Mais qui ose véritablement affronter la réalité de son amour ressenti ?  C’est pour cette raison que sur Second Life, sur internet plus largement, en dépit d’âmes compatibles et de complicité tendre, rares sont les couples qui se formeront en vrai, dans la vie réelle. Notre aspect physique et notre patrimoine génétique conditionnent toutes les relations, surplombent tout le reste, y compris le plus fusionnel des amours.  L’amour sur Second Life, c’est un rêve lointain et magique d’un amour sans ses lois bestiales. Le vrai amour ?

Tommy Colvins

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