Mannequins sur Second Life : Mythe et Réalité

 

Pour un grand nombre de personnes, devenir mannequin est un rêve.

Ce rêve souvent irréalisable, inaccessible en RL peut-il se concrétiser sur Second Life avec un avatar ?

Je ne déteste pas la naïveté de certaines nouvelles résidentes qui demandent : « Je voudrais être top model, comment on fait ? »

mannequins image

L’idée que sur SL tout est possible reste séduisante. Assister à un défilé de mode peut paraître futile ou surprenant ici mais un peu de légèreté, cela ne fait pas de mal. Et respecter les rêves de chacun, c’est aussi donner des informations sur les différents aspects des métiers présentés.

Alors j’ai demandé à Ondine Asbrink, directrice de l’Agence Silhouette et qui m’a fait découvrir les défilés de mode sur SL, de me mettre en relation avec des mannequins désireuses de partager leur expérience.

C’est ainsi que j’ai fait la connaissance de Laly Loopen et d’Enya Lefevre, mannequins dans plusieurs agences et de Lilou Cerise, top model. Mis à part leur job, elles ont deux autres points communs : elles s’expriment dans un français correct, sans langage sms et elles ont une forte personnalité, élément qui m’apparaît indispensable pour exercer ce métier.

Pour les photographier, j’ai choisi un décor un peu trash qui contraste avec la sophistication de certaines tenues présentées

 

Fanette Crystal : Pour devenir mannequin, je suppose qu’il faut un certain investissement financier au départ : plusieurs skins de qualité, des shapes bien ajustées, des tenues variées, des cheveux de styles différents, des AO, des poses…et un book à présenter.

Laly Loopen : Oui, bien sûr, être mannequin nécessite un investissement financier pour tout ce que vous venez de citer.

Enya Lefevre : Ma skin vaut 1950 L$. Je me débrouille pour mes poses avec mes amies scripteuses. Et ma shape est très ancienne. A l’origine, elle a été faite par ma toute première patronne, je l’ai modifiée au cours du temps. Au début, j’en avais acheté une mais elle ne convenait pas.

Lilou Cerise : Oui, je dirais même un assez important. Et des shoes aussi, des bijoux. Mais en ce qui me concerne, j’ai moi-même fait ma shape. Pour le book,tout dépend de vous. Si vous faites de la photo et si vous savez travailler sous Photoshop…sinon c’est un pro, et un pro ne donne pas son travail. Il y aussi des pros « mauvais » et pas chers. Pour vous donner un ordre d’idées, une photo va de 500 à 1500 L$, plus le book si le pro ne le fournit pas. Mais le book est plus « joli » qu’autre chose.

Laly Loopen 2

Laly

FC : Cela veut dire que l’on ne demande pas forcément de book ?

Lilou : Non, quelquefois des photos mais rarement le book. L’attitude et l’aspect sont plus importants.

FC : A votre avis, est-il nécessaire de suivre une formation dans une école et d’être inscrite dans une agence ?

Enya : Oui, bien sûr. Mais attention il y a deux écoles très différentes pour le mannequinat : celle avec des boules et celle avec nos propres poses. J’ai commencé avec les boules, c’était très facile. Maintenant, j’ai mon propre AO et il a fallu tout réapprendre. Mais le résultat est bien meilleur !

Laly : Quand j’ai commencé, dans la première agence, j’ai payé pour suivre une formation et avoir les rudiments du métier. Dans certaines agences, c’est gratuit. Mais c’est nécessaire, oui. Il y a beaucoup de choses  à savoir avant de prétendre défiler. Je ne sais pas si on peut être mannequin sans agence.

Lilou : Pour moi, non. Mais je dis « oui » si c’est une vraie et bonne école, pas des gens qui cherchent juste à gagner des $. Ca peut ne pas être mauvais mais je suis plus pour apprendre « sur le tas ». Cependant, il est vrai que d’avoir de bons conseils pour sa shape ou même une personne qui sait c’est très bien.

FC : Avez-vous déjà été modèle en boutique ? En quoi consiste votre métier ?

Enya : En boutique, bien sûr, je travaille pour Smaller. Je n’ai pas fait de défilés privés. Une fois des photos pour elle. Mon métier consiste principalement à défiler, présenter les vêtements qu’on me donne. Exceptionnellement, je fais aussi des photos pour un calendrier ou pour un présentoir.

Laly : Mon métier consiste en premier lieu à défiler et à représenter au mieux le créateur pour lequel je défile. Après cela, il peut y avoir des shooting photos pour des créateurs ou des blogs par exemple. Quant à modèle en boutique, je n’ai jamais fait ça.

Lilou : Non, je n’ai jamais été modèle en boutique. Je suis « utilisée » si j’ose dire pour montrer des créations. Un défilé doit avant tout donner envie d’acheter. Et c’est là notre rôle. Bien montrer le modèle, bien le porter en donnant à penser que c’est le plus beau.

Lilou Cerise 2

Lilou

FC : Quelles sont les compétences requises ? Que doit-on savoir maîtriser lors d’un défilé ?

Lilou : En premier, savoir gérer son stress car c’est stressant un défilé, et bien sûr son AO, savoir choisir les poses adaptées à la tenue portée, toujours et encore pour la mettre en valeur. Une chose bête mais importante le face light.Puis le maquillage assorti. Mais avant tout, aimer et avoir envie de montrer, non pas soi, les créations. Et aussi être attentive à la chorégraphie. Savoir ranger et préparer ses passages. Je dirais en premier être organisée. En fait, je simplifierais en disant « être studieuse ». Etre top est un métier compliqué.

Enya : Il faut maîtriser le timing, on apprend ça à l’école et dans les répétitions. Savoir bien se placer, autrement ce n’est pas très joli. Je suis donc très concentrée pendant mes passages. La manière de défiler, les poses, ça s’apprend. On ne vous lâche pas directement dans un défilé. Il faut savoir bien ajuster ses tenues, c’était l’épreuve pour entrer à Silhouette.

Laly : Il faut savoir accessoiriser au mieux les tenues qu’on vous propose, créer des dossiers pour chaque tenue avec tout ce qu’il faut dedans. Ne pas avoir peur du lag, la bête noire du mannequin. Etre organisée, avoir de la patience, aider les autres modèles et respecter le créateur pour lequel on travaille… Et posséder un bon PC mais cela ne fait pas partie des compétences.

 

FC : Si, Laly, il  peut être utile de souligner l’importance d’un bon ordinateur, adapté à l’usage de Second Life…Combien gagnez-vous ?

Laly : Ah, ça c’est la question qui fâche. Le métier de modèle en tout cas rapporte beaucoup moins que ce que l’on investit si on veut faire les choses correctement.

Lilou : Je vais vous le dire. Rien. Mais c’est moi. Sinon entre 300et 1000 L$. Moi je ne veux rien, je n’accepte rien. Sauf les tenues reçues qui quelquefois coûtent très cher. Lors de mon dernier défilé, j’ai eu un Violator de 4900 L$. Et si vous avez sur le même défilé, quatre passages avec une tenue différente à chaque fois, cela représente beaucoup. Je dirais que mon dernier défilé m’a rapporté plus de 7000 L$ en incluant les tenues. Mais d’un autre côté, j’ai dépensé pour des cheveux et des shoes.

Enya : Oh là là…500 L$ par défilé avec Silhouette, je suis au tip pour Smaller et je gagnais 700 L$ avec Glamourous. On garde toutes les tenues. Ce n’est pas un métier super bien payé, c’est plutôt pour l’ambiance. Sur le podium, on ne voit rien mais on s’éclate en coulisses.

Enya Lefevre 1

Enya

FC : Justement, que ressentez-vous lorsque vous êtes sur un podium et que vous mettez en valeur le travail d’une créatrice ou d’un créateur ?

Laly : J’adore défiler et quand on est sur le podium, que tout le monde vous regarde, on a le cœur qui bat très fort ! On est heureuse de voir que ça plaît et il arrive de recevoir des ims d’encouragements et de félicitations des spectateurs.

Lilou : Du plaisir, celui de partager mon plaisir, de porter une belle tenue et quelquefois aussi un peu de fierté. Si grâce à mes consœurs et moi-même le créateur vend, c’est une belle récompense.

Enya : J’adore être sur un podium, le plaisir d’être admirée, c’est grisant ! Mes amis sont souvent dans le public et m’encouragent. Mes collègues aussi. On n’est jamais seule grâce aux ims. On a peur de commettre un impair, mais l’essentiel est de savoir se rattraper.

 

FC : En règle générale, comment les personnes vous abordent-elles ? Avez-vous déjà été considérées comme de simples portemanteaux ?

Enya : Les gens sont souvent admiratifs, ça fait toujours très classe d’être mannequin mais je ne m’en vante pas trop. Si j’étais considérée comme un portemanteau, j’arrêterai tout de suite. Ca n’a pas d’intérêt si on ne se sent pas admirée et respectée dans ce métier. Au contraire, une fois, il y a longtemps, en été 2009, un type a insulté l’une d’entre nous. On a interrompu le défilé.

Laly : Non, je n’ai jamais ressenti cela dans les agences où je travaille. Il y a un lien étroit entre le modèle et les directeurs d’agence et beaucoup de respect aussi. Mais si cela devait arriver, je claquerai la porte. Il y a un investissement de notre part et si pour cela on est considéré comme un portemanteau, il ne faut pas hésiter à partir.

Lilou : Je ne suis pas un objet ou une poupée que l’on façonne à son envie. Je conserve mon identité. Par exemple, je refuse de changer ma couleur de cheveux. Mais il est vrai que certains créateurs nous voient comme ça. Les personnes nous abordent souvent avec envie, quelquefois avec jalousie, d’autres sont admiratives. Etre top, c’est 100 % de son temps.

FC : Tu peux sans doute te permettre de refuser Lilou parce que tu es top model…

Avez-vous déjà reçu des demandes originales ou insolites ?

Enya : Non, je n’ai pas reçu ce genre de demandes. Je ne défile jamais seule.

Lilou : Oui, des demandes d’obsédés sexuels, pas de vrais créateurs.

Laly : Dans certaines agences, on fait parfois des contestes sur un thème donné et le dernier auquel j’ai participé c’était sur la fête de la musique. Je me suis créé un personnage de toutes pièces juste avec ce que j’avais dans mon inventaire et j’ai été surprise de voir le résultat « gothique rock », tout le contraire de moi. Et j’ai gagné ce contest.

 

FC : Actuellement, quel est le look d’avatar le plus recherché ?

Lilou : Pas facile de vous répondre. Certains créateurs vont préférer des skins foncées, d’autres claires. Mais là encore le top doit savoir s’adapter à la demande du créateur en respectant son identité.

Laly : Il faut savoir que tout le monde peut être beau sur SL donc ce n’est pas ce qui va faire la différence. Ce qui est important c’est le style et la personnalité que vous donnez à votre personnage.

Enya : A mon avis, cela ne suit pas la mode RL heureusement. On veut plutôt des filles chics mais pas des brindilles. On m’a parfois reproché de ne pas avoir assez de formes. Sinon, il n’y a pas de type précis. Toutes et tous sont les bienvenus.

 

FC : Pourtant, je n’ai pas encore vu dans les défilés des filles avec des skins noires ou « exotiques »  ou des shapes très rondes…Pas beaucoup d’hommes mannequins non plus sur SL…Quels conseils pourriez-vous donner aux nouveaux résidents qui souhaiteraient se lancer dans ce métier ?

Laly : Il faut venir à des défilés pour voir comment ça se passe, ne pas hésiter à IM les mannequins pour avoir des informations. Et à partir de là, voir les avantages et les inconvénients, qui sont surtout financiers.

Lilou : Avoir le respect des autres, chercher à voir toutes les belles réalisations que l’on trouve sur SL. Prendre une direction, laisser son envie parler et suivre ce chemin. Essayer de trouver de l’aide auprès de ceux et celles qui sont là depuis longtemps. Chercher à faire des connaissances, des créateurs et des tops. Aller voir les défilés, ne pas dire au bout de 6 mois : « Pff…c’est dur ! » Etre top est très dur et demande beaucoup de travail. Il faut dire aux noobs de ne faire confiance à personne surtout. Il y a trop de malades et de coincés qui laissent aller ici leur pire côté.

Enya : Il faut prendre contact avec une agence avant tout. Se lancer seul, ce n’est pas possible. Les créateurs n’écoutent que les directeurs d’agence ou alors il faut se faire engager directement par le magasin. Ca dépend aussi des amis et des relations que l’on a.

FC : Le réseau social est important. Et le sérieux, aussi.

Enya Lefevre : Oui, on est jugée sur ça, principalement au début.

Laly Loopen : Je crois que tu as bien fait le tour de la question, Fanette.

Lilou Cerise : Il faut surtout être soi-même et ne pas chercher à ressembler à une autre.

 

Fanette Crystal : Enya, Laly, Lilou,  je vous remercie pour tout le temps que  vous m’avez accordé, y compris pour la séquence photos. Vous avez présenté votre travail  de mannequin sur SL comme un métier exigeant que vous exercez avec passion.

Publié dans Avenir Web-3D

 

 

Septembre 2010

 

 

 

 

 

 

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