Eluard, j’écris ton nom

 

Comment ne pas aimer Eluard, qui incarne à la fois le poète engagé et le poète de l’amour ?

De son vrai nom Eugène Emile Paul  Grindel, né en 1895 à Saint-Denis, il emprunte le nom de sa grand-mère maternelle pour publier son premier recueil « Le Devoir » en 1916 où il exprime son horreur de la guerre. Sous l’occupation allemande,  il prendra des pseudonymes comme  Jean du Haut ou Maurice Hervent.

Paul Eluard portrait nb

Paul Eluard, le poète engagé

Durant la Seconde Guerre Mondiale, c’est l’un des grands poètes de la Résistance avec Louis Aragon. C’est ainsi qu’en 1942 il publie clandestinement « Poésie et Vérité » dont le fameux poème « Liberté » sera parachuté par les avions anglais dans la France occupée.

C’est depuis sa mobilisation comme infirmier durant la Première Guerre Mondiale et témoin épouvanté de véritables hécatombes qu’Eluard n’aura de cesse de dénoncer les horreurs de la guerre et d’écrire des textes de réconfort et de lutte.

Après la guerre, Paul Eluard participe activement au mouvement dada puis il va contribuer à la création du groupe surréaliste dont André Breton est le fondateur.

Il côtoie également les grands peintres de son époque : Dali, Picasso, de Chirico et Max Ernst.

Avec d’autres surréalistes,  il adhère au parti communiste dont il sera exclu en 1933.

Paul Eluard, le poète de l’amour

C’est en 1912, dans un sanatorium en Suisse où il se rend pour soigner sa tuberculose, qu’il fait la connaissance d’une jeune fille russe de son âge, à la santé fragile,  Elena Dimitrievna Diakonova. Elle dessine son profil, et il ajoute à la main : « Je suis votre disciple ». Ils lisent ensemble les poèmes de Gérard de Nerval, Charles Baudelaire, Lautréamont et Guillaume Apollinaire. Il l’épouse en 1916 et la surnomme Gala.

Le poète la sacralise dans de nombreux recueils qui lui sont dédiés, de véritables petits bijoux ciselés.

Mais  Gala le quitte en 1930 pour devenir l’épouse de Dali, Gala, qui a été la muse de trois grands artistes du XXème siècle : Eluard, Dali et Max Ernst.

 

Max-Ernst-At-rendez-vous-friends-1920-p

Le rendez-vous des amis par Max Ernst (1920)
assis : René Crevel, Max Ernst, Dostoïevski, Théodore Fraenkel, Jean Paulhan, Benjamin Péret, Johannes Baargeld, Robert Desnos,
debout : Philippe Soupault, Jean Arp, Max Morise, Raphaël, Paul Eluard, Louis Aragon, André Breton, Giorgio de Chirico, Gala Eluard

Eluard épouse en 1934 Maria Benz, surnommée  Nusch,  qui devient sa nouvelle source d’inspiration et qui est immortalisée par Man Ray.

Ils  multiplient ensemble, après la guerre,  les tournées et les conférences. Mais en 1946, Nusch meurt subitement d’une attaque cérébrale et il écrit : « Vingt huit novembre mil neuf cent quarante-six, nous ne vieillirons pas ensemble. Voici le jour en trop : le temps déborde. Mon amour si léger prend le poids d’un supplice. »

C’est en 1952 que s’éteint la flamme de l’un des plus grands poètes français du XXème siècle.

Paul Eluard regroupe à lui seul ces deux tendances que l’on ne cesse d’opposer : la poésie engagée et militante faisant du poète non seulement un témoin privilégié de son époque mais aussi un acteur, un poète qui a les mains dans le cambouis de l’existence humaine selon Louis Dubost et cette poésie intemporelle qui glisse comme une caresse,  un long baiser qui apaise ou un cri intérieur et qui partage son expérience de notre rapport au monde.

A ceux qui qualifient les poèmes d’Eluard de naïfs  je dirais qu’il s’agit d’une poésie en prose qui nous fait rêver avec des mots simples et que si les thèmes de l’amour et du partage leur sont étrangers que c’est bien triste pour eux.

Je citerai Jean Paulhan : « La poésie d’Eluard est comme la nuit, sans rivale » .

Paul Eluard et Nush

« C’est à partir de toi que j’ai dit oui au monde » – Eluard à sa femme Nusch

Publié dans Pillowtalk, Poetry & Prose Magazine (mag sl américain)

 

 

 

 

 

 

 

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2 réflexions sur “Eluard, j’écris ton nom

  1. Sans aucune prétention, j’avais mis ces mots « J’écris ton nom » dans une poésie…

    MA LIBERTE
    Sur le sable fin de la grève,
    Sur les vagues qui s’y casseront,
    Sur mes envie, sur mes rêves,
    Et sur ce qu’ensemble nous ferons,

    J’écris ton nom…

    Sur les instants tristes de ma vie,
    Sur chacun de mes chagrins,
    Sur mes espoirs anéantis,
    Et sur de beaux lendemains,

    J’écris ton nom…

    Sur les mots que je prononce
    Restés sans réponse,
    Et sur ceux que j’écris
    A mes chers amis,

    J’écris ton nom…

    Sur mes rares plaisirs,
    Sur le choix de mes amis,
    Sur mes goûts et passions
    Restés sans ton attention,

    J’écris ton nom…

    A l’encre de mes pleurs,
    Sur les plaintes de mes soupirs,
    Sur chacun de mes sourires,
    Sur mes yeux et sur mon coeur,

    J’écris ton nom…

    Dans le silence d’une nuit étoilée,
    Lorsque je sommeille,
    Tous mes sens en éveil,
    Au fond de mes pensées,

    J’écris ton nom…

    Dans mon jardin secret,
    Sur mes lèvres brûlantes,
    Sur mes cuisses alléchantes
    Et mes seins tout gonflés,

    J’écris ton nom…

    Ma raison chavire,
    Ma voix tremble et supplie,
    Mon corps entier le désire,
    Mais tout n’est qu’interdit…

    Alors de toutes mes forces,
    Je casse l’écorce,
    Et en toute honnêteté

    Je crie ton nom… LIBERTE

    Iphi – Septembre 2012

    http://s925.photobucket.com/user/Iphi007/media/Maliberteacute_zps949caab5.jpg.html

  2. Pingback: Dans ma valise… | Regards Sliens

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